Light Rush

Light Rush
Madeleyn n'avait jamais su s'intégrer à ce monde de faux semblants et d'hypocrisie. Elle n'avait jamais pu supporter cette sphère répugnante qu'était le "Gotha". Héritière d'une sacrée fortune et de la dynastie des McDarmeth, elle subit les frasques de sa mère et l'arrivisme de son père. Fille unique, sa vie se construit à partir de son besoin de liberté. La fuite constante de cette réalité.
La renommée de sa famille se verra farouchement menacée. Et de cette querelle dont elle n'en aura que faire, Maddie apprendra que les membres du Gotha n'était pas tous des clones, et qu'il était possible d'évoluer dans cette sphère en conservant son individualité. Ainsi elle rencontrera Jasper. De leurs univers différents, ils s'apercevront tendre vers un même but: Etre libre leur permettant de construire une réalité à leur image.
Dans cette ruée claire, se pourrait-il que leur ascension se voit entravé? Se pourrait-il que les facettes illusoires du Gotha ait réussit à tromper Maddie?

Light Rush : La ruée claire

E.

# Posted on Friday, 19 June 2009 at 1:57 PM

Etre et le Néant

Etre et le Néant
Souvent, on me demandait la raison de mon existence, le pourquoi de ma présence, et si j'avais longtemps cru détenir la réponse, à présent, je savais l'étendue du mensonge. Autant ne pas se voiler la face, je n'avais le contrôle sur aucun pan de ma vie, et étais condamné à suivre le chemin parfaitement dessiné de la destinée. Autant ne pas se mentir, je n'avais plus de raison de croire en quoique ce soit, que ce soit l'avenir parfait dont on m'avait tant glorifiait l'accès ou la stupide idée qu'on avait toujours le choix. Si j'avais durant longtemps espéré pouvoir lutter contre tout ce qui entravait ma route, je me rendais compte que j'étais faible, et pas faite pour cela. Que je devais me soumettre, et accepter l'infâme idée que je n'avais le droit à aucune sorte de liberté. Alors me voici, à présent, prête à répondre à vos questions.
Qu'est-ce la vie ?
La vie est une notion biologique n'ayant aucune profondeur philosophique. Une vie se résume en de vagues répétitions des projets d'hier en vue de plans de demain. Une vie n'était ni plus ni moins qu'une notion pour signifier qu'on occupait une place dans ce monde. Une place physique. Rien de plus. Etre vivant ne signifiait pas penser, ou réfléchir, ni même agir. Un chat vivait, un arachnide vivait. Cela les rendait-il plus présent ? Etre en vie n'avait aucun sens au vue de ce que nous étions. Et c'était en définissant la vie qu'on se rendait compte qu'on ne vivait pas. Vivre ne devrait pas se limiter à ne répéter que d'inlassables mécaniques pour demeurer en vie.
Qu'est-ce qu'exister ?
Exister c'était avoir le libre arbitre nécessaire pour juger par nous-mêmes de ce que nous pouvons ou ne pas faire. C'était avoir le choix quand à un avenir, à un passé. C'était pouvoir être ce que voulons vraiment être sans avoir à consulter tel ou tel autre individu. Exister c'était avant tout penser par soi-même, et être sans les autres. Dans cette définition de l'existence, je pouvais affirmer, n'avoir jamais existé. Sans aucune façon, je n'avais un jour pu me définir d'existante.
Qu'est-ce qu'être ?
Etre c'est le ressentir. Les perceptions, les émotions, les sensations. Et pourtant, j'étais incapable d'en définir parfaitement la notion car j'avais été toujours été le Néant. Oui. Je n'étais que le Néant. Sartre en aurait témoigné. Pour moi l'être n'était qu'un concept. Rien de plus qu'une idée dont j'étais incapable d'en prouver le fondement.
Qu'est-ce que devenir ?
Devenir, c'était se projeter. Avoir assez de force, de volonté, de détermination pour parvenir à ce à quoi on pouvait aspirer. Devenir c'était accomplir une vision, atteindre un but ultime. Devenir c'était se battre pour y arriver, quitte à tout envoyer balader pour y parvenir. Devenir c'était avoir un poing assez serré et en supporter les contusions sans broncher. Devenir c'était parvenir. Je ne pouvais devenir car je n'y étais jamais parvenu.
Que suis-je ?
Rien. Absolument et irrévocablement rien. Malgré tout ce que j'avais pu donner pour y arriver, je n'avais pu devenir, car je ne vivais pas, je n'existais pas. En fait, je n'étais pas. Et sans être, comment devenir. Oui. Je n'étais pas. A vrai dire, je n'avais jamais été. Et cela malgré tout ce que j'avais pu faire pour y arriver.

# Posted on Saturday, 01 August 2009 at 8:20 PM

A ma mélancolie

A ma mélancolie
A 19 ans, j'étais l'exact contraire de ce que mon rang impliquait que je sois. J'étais farouchement opposée au Gotha, cette sphère d'hypocrisie, comptant les plus riches et affluents membres de la société du Montana. Je n'en avais que faire des faux-semblants. Du paraître. A dire vrai, j'évitais tout contact avec ces gens. Ils étaient tous si faux, si stupidement ancrés dans leurs insipides craintes des commérages qu'ils en oubliaient parfois ce qu'ils valaient vraiment. Les gens du Gotha étaient des arrivistes pour la plupart. Aucune sincérité ne souhaitait de leurs mots, aucune véracité dans leurs propos. Et sous leurs sourires se cachaient tant de médisances. Ne jamais se fier aux apparences était un principe dont j'usais lorsque j'avais le malheur de devoir supporter leur compagnie. Ils étaient si imbus d'eux-mêmes, si narcissiques, présomptueux. Enfant, j'avais rêvé de côtoyer ce beau monde, d'être le centre d'attention de ces richards totalement stupides. Je voulais tellement ressembler à celle que j'appelais mère, je voulais tellement être adulée que j'avais été prête à vendre mon âme au diable, sans jeu de mot, pour y parvenir. Mais le temps avait su révéler les choses, il avait su me montrer la « face cachée » de cette Lune que je côtoyais. Il m'avait montré quel homme je nommais père, de quoi ma sublime cage dorée était peinte. Il m'avait ouvert les yeux sur ce monde que je glorifiais. Un monde horriblement tentant mais si différent de ce à quoi je m'étais attendue. Et ce fut à cette époque, à peine âgée d'une dizaine d'année, que je compris ce qui retenait tant mon père au bureau. Et que contrairement au noble portrait que j'avais érigé de lui, tout était différent. Je compris également pourquoi ma mère paraissait ne jamais se satisfaire de ce qu'elle était. Qu'elle tendait toujours à être une autre. Et le cercle éthylique se mit à valser, emportant dans son sillage ma malheureuse et stupide mère, qui n'en voyait que le plus bel aspect. Et tout lui paraissait si simple, si normal. Il était normal qu'elle ne trouve pas son époux en rentrant bien tard d'une fête trop arrosée. Il était normal que le parfum qu'elle humait sur le col de ce même époux ne soit pas le sien. Elle trouvait normal de côtoyer toujours plus le Gotha, de se ruiner pour le Gotha. Elle trouvait normal de devoir paraître plus jeune. De se soucier intempestivement des propos de tout un chacun. Puis ce fut normal de m'abandonner à mon triste sort. De ne plus se soucier de ma personne. Et je fus alors seule. Et je dus apprendre à ne plus compter sur personne. A dix ans, c'était plutôt beaucoup demandé à une gamine sans défense. Et je n'étais pas encore armée pour le monde qui m'attendait. Dans lequel ma mère comptait m'immerger comme je le compris plus tard. Lorsque je fus adolescente, elle sembla se rendre compte de ma présence, faisant de moi son jouet attitré. J'étais si ravie, à l'époque, de l'attention que me portait ma mère, que je ne m'étais posée aucune question, la suivant aveuglément. Elle m'apprenait de drôle de choses. Des choses qu'à treize ans, je ne devais pas savoir. Elle m'apprit comment mettre en avant mes attributs, comment user du mascara, évitant le naturel. Comment choisir de vives couleurs en évitant les fades. Plus de rouge, moins de rose. Plus de noir, moins de bleu. Non Maddie, une femme doit toujours être à son avantage. Non Maddie, pas de pantalon, une jupe fera plus l'affaire.
Et j'écoutais aveuglément. Et ce fut normal que des hommes plus âgés lorgnent sur mes formes. Ma mère m'encourageait. Ma mère me glorifiait. Mais à treize ans, je ne devais pas vivre cela. Je devais réagir. Mais j'avais été durant si longtemps privé d'une mère que je me disais pouvoir un effort. Elle m'emmenait partout, me présentant à tous.
Quand compris-je que je n'avais rien à faire en ce lieu ? Quand compris-je qu'elle se moquait éperdument de ma personne ? Quand compris-je que je n'avais pas à faire cela si cela ne m'était pas agréable ? Ce fut lorsque j'eusse seize ans. Lorsqu'accompagnant ma mère à une de ses soirées, je compris vraiment qu'au sein de ses alcooliques, je n'avais pas ma place. Que je ne désirais pas finir comme cela, vomissant mes trippes sur le rebord d'une route à quatre heures du matin. Ce fut lorsque je compris, tout en soutenant ma mère ivrogne, que j'aspirais à autre chose dans ma vie. Qu'il y avait forcément une place quelque part pour ma personne. Je me mis à refuser ses attentions, à refuser de me peinturlurer sans raison, d'exhiber davantage que je ne devrais. Je me mis à refuser ses soirées mondaines, à fuir sa présence. Faisant cela, je signais mon arrêt de mort. Car après cela, ma vie fut un enfer. Elle en fit un enfer. Elle me refusa toute liberté et ce malgré tout ce que j'avais pu faire pour la soumettre. Je ne pus être émancipée, me forçant ainsi à demeurer chez elle, bien après ma majorité. Elle menaça de me couper les vivres si je sortais de sa vie. Et j'étais obligée de demeurer car je n'avais nulle autre échappatoire. A 19 ans, j'étais seule au monde. Je n'avais nulle aide, nulle force pour lutter. Et je savais que chaque jour ne serait que plus effroyable que le précédent. Le monde n'était pas forcément aussi évident qu'on pouvait nous laisser le croire. Des choses dépassaient l'entendement, des choses pourtant si rationnelles. Comprendre pourquoi une mère haïssait son enfant pouvait faire partie de ses choses, comprendre pourquoi certains avaient le droit à la belle cage dorée alors que d'autres n'avaient que la sphère de tendresse demeurait toujours un mystère. Que dire ? Que faire ? Mise à part subir. Toujours un peu plus. J'avais appris à ne plus y croire. J'avais appris à ne plus vouloir voir. Alors j'avais juste posé le stylo contenant l'encre de ma vie sur l'immense bouquin qui décrivait mon existence. Preuve de ma défaite et de ma soumission. Cela aurait dû être plus simple, j'en avais conscience. Manque de bol ! Je n'avais pas eu de chance.
A 19 ans, je savais à présent que j'avais trépassé et que tout sursis qu'on m'offrait n'était que châtiment. Alors je demeurais stoïque, attendant la fin. La fin de quoi ? J'étais déjà finie. Je l'ignorais, je savais juste que j'attendais une fin. Et puis, à 19 ans, j'avais su que même si la douleur pouvait lacérer le moindre de vos entrailles, vous deviez serrer le poing et se taire. Toujours se taire. Alors, on avançait à tâtons la plupart du temps, mais on avançait. Plus de prudence, plus de peur vu qu'on n'avait plus rien à perdre. Le passé nous avait assez châtiés, et le présent n'était plus surprenant. On devenait tout simplement intelligent. Oubliant les illusions, et illusoires prétentions, se contentant de ce que l'on devait faire. C'était stupide mais c'était ainsi que les choses se faisaient. De ce fait, j'aimerais souligner une chose, j'aimerais dire au pauvre abruti, à l'espèce d'imbécile, qui avait prétendu que l'on avait le choix, de ravaler ses maximes et d'éviter de proférer de simples calomnies. Parce que naïfs, on y croyait éperdument. Et j'en avais assez de devoir toujours payer pour avoir cru aux utopies. Peut-être étais-je la seule à blâmer ? Après tout, nulle ne m'avait forcé à y croire.
Mon existence se consistait à de simples notes si différentes qu'elles ne devraient pas être assimilées, mais là aussi, je n'avais pu apposer mon véto. Y avais-je un jour pu ?
Le plus triste dans toute cette histoire, c'est que je n'avais rien demandé. Je n'avais jamais souhaité exister, mais on me l'avait imposé. Alors me diriez-vous ? Pourquoi ne pas simplement quitter le théâtre de la vie ? J'étais bien trop lâche. J'avais toujours été bien trop lâche. J'avais été forcé d'apprendre à me soumettre, hurlant en silence parce que j'étais incapable d'être assez forte pour me tuer.
Je sombrais donc dans ma propre mélancolie et je l'appelais « ma vie ».

# Posted on Wednesday, 05 August 2009 at 8:38 PM

Illusions momentanées.

Illusions momentanées.
En se levant le matin, j'endossais le naïf uniforme de la pitoyable petite lycéenne, héritière pleine aux as, égocentrique au plus haut point. J'enfilais les souliers de l'indifférence, la veste de la soumission et le fardeau de la bienséance. En quittant ma demeure, je ne jetais qu'un vague coup d'½il vers le miroir de l'entrée, peu enclin à y voir mon reflet, et dans ce silencieux vestibule, je regrettais de ne pas disparaître sur le champ vu que personne n'y ferait attention. En arpentant les trottoirs bondés d'Helena, j'inspirais un faible air avant qu'il ne s'échappe de mon emprise alors que ma prison se refermait peu à peu autour de moi. Et alors qu'au loin, le stupide petit oiseau se mettait à fredonner, je hurlais silencieusement dans le chaos qu'était devenu mon c½ur, murmurant gracieusement à cet abruti de volatile de cesser de faire perdurer l'illusion.
En pénétrant au lycée, lieu où je n'avais aucune raison d'être, j'évitais les regards qui se posaient sur moi, éprouvée par les commentaires puérils naissant dans leurs esprits vides et inconsistants, éc½urée par leurs faux sourires, leurs ignobles grimaces. Je gravissais les échelons de ma perte en omettant les causes de ma perdition. Peu importait ce que tous croyaient, ce que tous pouvaient bien penser. Que je sois frigide, timide ou associable, que je sois coincée, dévergondée ou sybarite, qu'ils me pensent traînée, loufoque ou inutile, je n'en avais que faire. Leurs opinions ne m'atteignaient plus. Et si je pouvais omettre leurs présences, la vie me paraitrait plus douce. Mais « cette école de pauvres riches » n'existait que pour former le futur « Gotha ». Que pour transformer ces cervelles paresseuses en un ramassis d'artifices, et l'esprit encore innocent en un suave instrument de perversion. De toute part, les murmures s'élevaient, pas seulement dirigés vers moi, mais vers tous, que ce soit l'ennemi ou le soi-disant fidèle ami. La loyauté existait-elle encore de nos jours ? Je ne pouvais y répondre, je ne pouvais l'affirmer. Je n'avais personne. Personne sur qui compter.
En me dirigeant vers mon casier, je maudissais le sort de me forcer à telle humiliation. A 19 ans, je ne devrais pas être là. Non content de m'avoir obligé à louper une année, ma génitrice me forçait à payer de ses erreurs. Dans quel tribunal avait-on jugé ses crimes pour que je sois coupable et elle victime ? Victime de n'avoir eu la fille qu'elle aspirait à avoir. Que le temps paraissait long lorsque l'on n'avait aucune emprise sur le fil de son existence. J'aurais voulu prendre mes jambes à mon cou sans demander mon reste, mais ce serait rendre les armes sans avoir attendu la fin de la bataille. Mais quand cette bataille prendrait-elle fin ? Hélène, ignoble donneuse de gênes, ne semblait pas vouloir me laisser mon libre-arbitre, si tant est qu'il existait.
En refermant mon casier, je vis qu'une ombre réclamait mon attention. Attention qu'il n'aurait jamais. Enfermé dans un costume trois pièces un peu trop pompeux, aux allures d'aristocrates totalement hors du temps, se dressa Ashley Dewkett, enfant de l'un des sbires d'Hélène. Ses parents ainsi que lui-même se faisait l'idée sordide que je pourrais dans un temps prochain m'intéressait à leur progéniture, dans l'espoir que de notre union, les deux puissances que représentaient nos familles respectives fusionneraient sans mentionner évidemment que notre puissance était supérieure à la leur. Comme si j'en avais quelque chose à faire de leur puissance, de leur fils, de leur fusion. J'étais déjà horrifiée d'être associée au « Gotha », je ne comptais donc pas me soumettre à ce dernier. Qu'importe leur décision fusse-t-elle. Je continuais ma route, ne me souciant nullement de sa personne, sachant, par habitude, qu'il me lâcherait que lorsqu'il avouerait la raison de sa présence.
_ Madeleyn, c'est un réel plaisir de voir combien tu diffères des pauvres créatures de cet établissement.
Evidemment. Ses discours avaient une égale structure. Tout commençait par les compliments, censés amadouer ma personne. Autant dire que de futilités dont je ne me souciais guère. Puis venait les derniers ragots, dans l'ordre de diminuer une éventuelle concurrence, me montrant oh combien ! il pouvait être au-dessus de tout cela.
_ Je ne suis pas du genre racontar d'ordinaire, tu me connais. Mais je fus sans voix ce matin, lorsqu'en arrivant Priscilla Arkwood, sûrement l'as-tu déjà croisé, elle me coure constamment après mais je n'ai de yeux que pour toi.
Je me retins de lever les yeux au ciel, tout en gravissant les étages me menant à mon prochain cours de Mathématiques. Le seul cours me prouvant qu'il y ait bien une logique dans ce monde. Aucun falbala, aucune opinion stupide, aucun faux-semblant. Juste une affirmation, un axiome. Une sorte de stabilité pour un monde aussi chaotique qu'était le mien. Et tout à mes pensées, j'essayais d'oublier l'importun aux belles paroles.
_ Il se trouve qu'une nouvelle famille rejoindra bientôt notre cercle très fermé. Une famille aux antécédents forts plaisant, les Sinetty.
Il espérait une réaction de ma part, pouvant augmenter les ragots mais je demeurais stoïques, que les Sinetty vivent ou meurent n'avaient aucun impact dans mon existence, et si leur arrivée pouvait bouleverser quelqu'un, il se trouvait qu'à ma grande joie ce serait Hélène. Et dans le cri de douleur de ma « mère », je ne percevais qu'une raison d'être plus euphorique. Si Ashley souhaitait tant me prévenir de cette arrivée, c'était qu'il n'était pas inconnu dans le « Gotha » que les Sinetty et les McDarmeth se vouaient une concurrence sans borne dans l'industrie du chocolat au Montana. Tous deux tiraient leurs fortunes d'un délicieux éclat de cacao qui ne leur appartenait nullement. Les Sinetty habitaient ici auparavant, et il semblerait, d'après Ashley, et Ashley n'avait jamais tort, qu'ils eussent envie de revenir. Grand bien leur fasse, peut-être tiendraient-ils occupés ma génitrice, m'offrant un répit que je désirais ardemment ?
_ Leur fille Alexandra est inscrite dans notre lycée ajouta-t-il alors que je pénétrais dans ma salle de cours, tout à fait indifférente à cette nouvelle. Comme je l'avais dit leur existence n'influait sur la mienne d'aucune façon. Je m'installais au dernier rang, loin de tout contact, espérant pouvoir penser sans aucun autre parasite du système scolaire. Et alors qu'au loin, j'entendais Britanny Spencer, la Princesse « Hilton » de notre lycée, se vanter d'avoir rompu avec le nouveau jeune PDG de la succursale Coven Glow, Frederick Weason, une entreprise d'infographie réputée pour ses bons services, je me tournais vers la fenêtre où au loin je devinais l'oiseau continuait à fredonner, ricanant amèrement de mon malheur, et je me fis le serment de le dégommer dès que je l'apercevrais, lui faisant payer son manque d'empathie.
oOo
Le ciel était plutôt brumeux en ce début de Décembre. Signe que la neige ne tarderait à tomber dans notre belle Helena. Les hivers étaient très froids dans cette région, et la neige si abondante. Je devais admettre que j'adorais le froid. Et la perspective de mourir geler m'enchantait au plus haut point. Je rêvais d'être enseveli sous un tas de neige blanche, pure et glacée. Je ne sentirais plus aucun de mes membres, peu à peu mon souffle s'étreindrait alors que mon c½ur émettrait son dernier battement. J'aurais juste le temps d'apercevoir du blanc partout avant d'affronter l'obscurité. Ce devait-être magnifique de mourir sous la neige ? Et allongée sur ce toit d'école, seule au milieu du ciel immense, alors qu'en bas de pauvres abrutis rêvaient de gloire, moi je rêvais de mort. Cela devait paraître triste mais non loin de là, je me sentais sereine, et c'était dans ce genre de rares instants que me revenait la stupidité de me suicider. C'était comme lors d'un dîner où il n'y avait que des choux de Bruxelles, et que nos parents, enfin les parents moyens, faisaient promettre à leur enfant de les manger, aussi horrible soit-il, pour avoir le dessert en chocolat. Et bien moi j'engloutissais des tonnes de choux de Bruxelles, juste pour avoir un jour le droit au chocolat.
Ce n'était que lors de ma rêverie sur un éventuel au-delà que mon c½ur cessait d'être cerné de colère, pour enfin connaître la paix intérieure. C'était bref comme un flash mais qu'est-ce que c'était bon ? J'aurais pu demeurer ma vie ainsi, seule, sans aucune âme pour m'importuner. Le Paradis terrestre.
Je sortis un sachet de marrons glacés, me permettant quelques délices avant de retourner parmi les simples humains, voulant faire durer cet instant de Paradis une éternité encore. Et alors que j'en glissais un sur ma langue, j'entendis au-dessous de moi une curieuse agitation. Aux premiers abords, j'aurais certainement dû rester terrer dans mon coin, mais étant d'une étrange curiosité, je me penchais par delà la rambarde. Une unique élève se trouvait cependant entourée par tout le lycée. Et j'imaginais parfaitement ce qu'ils se disaient. Les filles insipides devaient apprendre avoir été ses plus proches amies alors que les jeunes hommes édifiaient déjà un culte à sa beauté. Tout cela uniquement pour son argent. Comme l'humain pouvait être vide, stupide, inconsistant. Qu'il ne cherchait que sa propre gloire et réussite ! Pour peu j'aurais plains cette jeune fille mais après tout ne disait-on pas « Qui se ressemblait, s'assemblait ». Alors autant laisser les loups avec les loups et se cantonnait au rang de l'indifférente. Et si sa présence renvoyait Ashley de mon paysage, je pourrais presque lui offrir un sourire. Je me réinstallais sur mon toit, confortablement, m'imaginant dans un futur proche, arpentée les couloirs de ce lycée sans avoir à me soucier de leurs regards. Un pas vers le Paradis mais qu'une autre illusion. J'enfilais un nouveau marron, le gardant un peu plus longtemps sur mes lèvres. Que serait devenue ma vie si je n'étais pas une McDarmeth ? Une vie heureuse. Une vie heureuse ? Cela existe vraiment ? J'en doutais. Cela serait altérait ma vision de la vie. Allons Maddie ! Plus d'illusions, tu as promis. Plus d'illusions.

# Posted on Wednesday, 26 August 2009 at 9:44 PM

Bella Becky

Bella Becky
Le silence de ce lieu pouvait être assimilé à s'y méprendre au calme olympien demeurant dans un cimetière pour le salut des âmes errantes. Et ce silence, paradoxalement bruyant pour quiconque n'y avait jamais mis les pieds, m'était si familier qu'autrement je ne saurais imaginer ce lieu. C'était à croire qu'il était désert. Ce qu'il était la plupart du temps. Joan, mon géniteur, passait ses journées à des lieux de là avec des compagnes inconnues, d'origines diverses tandis qu'Hélène prétendait faire tourner son affaire d'une main ferme. Leurs présences n'étaient qu'éphémères à ma grande joie. A dire vrai, j'étais parfois étonnée que le monde sache mon existence, tant je paraissais exclus de leur vie. Nous ne nous parlions jamais si ce n'était pas l'intermédiaire de domestique. Je pouvais me rendre où bon me semblait pour y faire ce que je désirais tant que mes frasques ne faisaient pâtir la dynastie des McDarmeth. En gros, je pouvais faire le trottoir dans les quartiers les plus mal famés, cela n'aurait affecté mes géniteurs. Etrange définition du mot « famille ». Et pourtant, les portraits qui ornaient le mur de l'entrée présentait un bonheur digne de ceux arboraient par le rêve américain. Une famille unie, souriante, parfaite en tout point. J'étais constamment dessus tirée à quatre épingles à divers instants de mon existence. A 4 ans, mon visage se voyait déformé par du maquillage bien trop luxueux, et lourd pour mes traits. A 10 ans, je vacillais sous le poids de mes talons, incapable à cet âge maladroit, de me tenir droite et rigide. A 16 ans, âge où j'avais décidé de me retirer de cette famille, mon sourire se faisait factice, presque obligé. Je ne me reconnaissais dans aucune de ces images, ni dans cette famille bien trop différente de la mienne. Mais si ces cadres se trouvaient là c'était justement pour maintenir l'illusion d'une unicité. Le visiteur naïf, presque stupide y verrait l'antre du bonheur, au détour de la vallée des bons sentiments. Tout cela m'éc½urait. Le pire, tous y croyaient. Je jetais mon sac à dos, près de l'entrée avant de me diriger vers la cuisine. Notre gouvernante tricotait une écharpe tout en fredonnant quelques berceuses de sa jeunesse. Elle était si âgée qu'elle ne devrait pas travailler. Ses cheveux grisonnants étaient noués en une longue tresse lui arrivant jusqu'au bas du dos. Ses vêtements semblaient bien trop grand pour elle ou était-elle trop fragile pour eux ? Elle était indienne, réfugiée d'une ancienne réserve, servant les McDarmeth depuis bien longtemps. Elle était également ma nourrice, car bien évidemment Hélène n'aurait pu s'occuper du mouflet qu'elle avait engendré. C'était à se demander si elle m'avait vraiment engendré. Les mains de Maya se faisaient si faibles que le fait qu'elle puisse encore les utiliser me stupéfier. Ouvrant un placard, je me saisis d'un paquet de chips avant de me diriger vers le réfrigérateur.
_ Bonsoir Miss Maddie, comment s'est passée votre journée ?
Prenant une canette de soda, je me contentais d'opiner. Je ne pouvais être affectueuse avec elle. Je me l'étais interdit. Je ne pouvais me faire à l'idée d'établir un quelconque lien social, ce serait au-dessus de mes forces. Et toute la faute en revenait à Hélène. Elle m'avait fait désespérer de la race humaine. A présent, je ne croyais plus en rien. Je quittais les lieux par la porte de derrière, atterrissant dans notre garage. Cet endroit était inutilisé pour la bonne raison que la limousine de ma « mère » ne pouvait y entrer, elle était donc conservée dans un parking privé tandis que Joan n'était pas demeuré assez longtemps à la maison pour avoir besoin de la ranger. Il se contentait de la mettre au bout de l'allée. Oui, l'ostentation dans ma famille prenait une proportion invraisemblable. J'avais du mal à comprendre leur façon de voir le monde. A croire que les arbres étaient faits de dollars alors que les gens se transformaient en simples distributeurs. Le capitalisme n'avait jamais dû atteindre de tels sommets. Je posais mes victuailles sur la machine à laver avant de dégager plusieurs planches de devant une vieille commode. Prenant une grande inspiration, je poussais la commode de côté pour révéler un objet recouvert d'un drap miteux. J'eus un sourire à sa vue. Voici une des raisons pour laquelle je demeurais en ces lieux. Pour ma Becky. Mon inestimable BMW Motorrad R 1200 GS. Une pure merveille. D'un geste sec, je découvris l'objet qui luisait faiblement. Elle était encore cabossée de tout côté, le guidon vacillait un peu sous ma poigne alors que quelques fils électriques s'échappaient du tableau de bord. J'avais énormément de travail à faire là-dessus avant de pouvoir me complaindre dans la liberté qu'elle m'offrirait sûrement. Peut-être pourrais-je fuir au-delà de ce lieu, de ces gens, de ces barrières sociales ? Car au fond de moi, c'était ce que cette moto signifiait. La fuite constante de celle que j'étais. Je l'avais trouvé près d'une benne à ordures non loin du seul parc du quartier. Après maintes tergiversations, je l'avais emmené, entrapercevant déjà tout son potentiel. Et après les cours, je m'enfermais quelques heures avec elle, lui donnant de plus en plus belle allure. Prenant une gorgée de soda, j'évaluais ce qui m'était possible de faire aujourd'hui. J'enclenchais mon IPod, augmentant le volume au maximum. Forsaken de Disturbed and Korn se mit à hurler dans le minuscule garage. Je me saisis alors de ma clé à molette puis m'installais face à mon bijou. Si Hélène découvrait ce passe-temps, elle me le retirerait sur le champ, je devais constamment être sur mes gardes. Quant à Joan, il ignorait presque mon existence, se foutant réellement de ce qui pouvait arriver. Tant qu'il avait prouvé sa fertilité en m'ayant, le reste lui passait au-dessus de la tête. Non que je ne m'en plaignais. C'était un plaisir de passer l'un près de l'autre sans avoir à s'accorder un regard.
I'm over it
You see I'm falling in the vast abyss
Clouded by memories of the past
At last, I see

Le Vampire Lestat m'avait fait découvrir cette chanson, et je devais admettre qu'en pénétrant le monde étrange des vampires, j'en étais venue à les envier. Anticonformistes, pires hors la loi, savourant l'éternité avec une délectation presque blâmable. Ils ne dépendaient de personne, ils ne comptaient d'aucune norme. Et si ce n'était les insanités sur le sang, le soleil ou ces histoires d'ail, j'aurais presque apprécié en devenir une. Peut-être ainsi, durant une sombre nuit, je pourrais égorger mes géniteurs avant de disparaître bien avant l'aube. J'eus un sourire carnassier à cette idée. Si seulement les pensées pouvaient prévaloir les actes, peut-être aurais-je enfin la force de détruire mes chaînes ? A 19 ans, il serait temps.
You see I cannot be forsaken
Because I'm not the only one
We walk amongst you
Feeding, raping
Must we hide from everyone

J'aurais aimé en dire de même sur mon cas. Avoir la certitude que d'autres partageaient mon mode de pensées, non pour les côtoyer, ils demeuraient des humains, de vulgaires pions sociaux mais juste pouvoir présenter un front commun, renverser le « Gotha » et le système hiérarchique de notre société. Prôner une sorte d'anarchie modérée. Chacun pour soi. Une certaine autonomie. Le renouvellement du mot liberté. Comme j'aimerais rien qu'une fois que le splendide « Gotha » ne soit vu que comme l'immuable paria. Et que les anarchistes puissent s'exprimer pleinement, hurlant aux corrompus, aux vendus ce qui devaient leur être dits. Bon sang ! Nous pourrions nous dire fière d'être humain.
oOo
Couverte de cambouis, je replaçais ma déesse à sa place, m'assurant que rien n'indiquait mon passage. Lorsque je rentrais dans la cuisine, Maya s'affairait à préparer un dîner que je serais la seule à toucher. En fond, résonnait d'une vieille radio un air des Gyspy King. Je n'avais jamais vraiment apprécié la voix des ritals étant plutôt centré sur le genre Evanescence/ Within Temptation. Mais je devais admettre qu'entendre cette mélodie me ramena quelques années auparavant, lorsque je sautillais sur les genoux de Maya, impatiente, alors qu'elle tressait mes longs cheveux roux. C'était une époque qui me paraissait si lointaine. Elle eut un sourire en me voyant, sourire qui fit plisser ses minuscules yeux bridés. Mais je n'en tins rigueur, me contentant d'ignorer sa bonhomie, sa bienveillance. Je ne pouvais être sociable, car je n'avais été habitué à l'être. Vivant avec Hélène, mon mal-être social n'était qu'évident. Je me rendis dans ma salle de bain alors qu'elle m'informait d'une voix légèrement grisante :
_ Votre dîner sera bientôt prêt Miss Maddie.
Je pénétrais dans mon antre, véritable représentation de mon Moi où chaque chose n'était que la preuve ostentatoire de ma non-conformité à la vie du « Gotha ». Aucune fanfreluche, ni dentelle ou rose bonbon. Elle était assez modeste, et je la voulais ainsi, ne voulant m'apparenter aux capitalistes qui me servaient de géniteurs. Ma guitare trônait sur son piédestal, arborant fièrement diverses paroles de Blue October. La musique avait une place majoritaire dans mon existence. J'avais besoin de me convaincre qu'il existe quelque chose en quoi je pouvais avoir un contrôle. Et ma guitare ne formait qu'une avec moi. Elle était ma Bella linda. J'enclenchais mon IPod, avant de m'engouffrer dans ma salle de bain. Le jet d'eau ne put atténuer la stridence et le talent de la guitare de Matthew Bellamy. Les tonalités d'Invincible retentirent dans la salle, que je reprenais faiblement tant elle marquait mon existence. C'était comme si il s'adressait à moi, et en l'écoutant, je ne me sentais que plus forte, prête à affronter pour quelques heures les frasques d'Hélène.
Follow through
Make your dreams come true
Don't give up the fight
You will be alright
'Cause there's no one like you in the universe

Je fermais les yeux, appréciant le contact du chaud liquide sur mon corps nu. Et la voix suave du chanteur s'élevait parmi le brouhaha de l'eau. Et je me sentais éprise de ses paroles, charmée par leur profondeur. Bon sang ! Muse irait parfaitement dans cette idée que je me faisais du monde. Un monde de libre-arbitre, de choix sans pression. Une étrange réalité.
Do it on your own
It makes no difference to me
What you leave behind
What you choose to be
And whatever they say
Your souls unbreakable

J'aurais aimé te croire Matthew. Mais dans ma réalité, le « Gotha » commandait tout. Et même si j'essayais, mon âme s'en trouvait déjà altéré. Mon âme ne pouvait survivre à ces monstres. Je ne pouvais être aussi libertine qu'il le pensait, ce Matthew. Des fois, nous n'avions pas le monopole de notre vie. C'était ainsi, et cela se nommait destinée.
oOo
Maya déposa mon repas sur la table basse de notre immonde salon au soi-disant style victorien. Rien ne me semblait victorien dans ce style froufroumineux de bas étage, au manque évident de bon goût. Mais les amies de ma génitrice s'émerveillaient devant les dernières acquisitions d'Hélène, la rendant ainsi d'une arrogance dont je m'en serais bien passée. J'enclenchais le téléviseur, et tombais à mon grand damne sur GT Montana, la chaîne 100% people, ne s'intéressant qu'aux abrutis du « Gotha », à leurs histoires, à leurs scandales. Je retins un grognement. Hélène restait brancher 24h sur 24 sur cette chaîne débile dans l'espoir de ne jamais cesser de se faire parler d'elle. Et alors que j'allais changer de chaîne, la présentatrice, une pâle réplique d'Angelina Jolie, les lèvres en moins mais les obus en plus s'extasiait sur la principale nouvelle de jour étant : Les Sinetty, le retour ! Cela aurait fait un super titre de film d'horreur.
_ Leur jeune héritière est d'une beauté naturelle si enviable.
Diverses photos apparurent la montrant à son arrivée au lycée. J'en aurais presque rit tant c'était pitoyable. Je piquais une frite de mon assiette avant de m'esclaffer devant l'air horrifié d'Alexandra Sinetty lorsqu'Ashley lui était sauté dessus. Que disais-je déjà ? Pitoyable ! La stupide « Angie » réapparut soudainement, un sourire sur les lèvres, annonçant qu'une réception serait donnée au Myldred's Hall, l'une des salles de réceptions les plus célèbres du Montana, corolaire du Zaus, l'hôtel le plus en vogue de cette partie-ci de l'Amérique. Génial ! Il fallait juste pouvoir y échapper, et je n'aurais pas à me coltiner les sbires de ma « mère ».
_ Dans le prochain journal, nous parlerons de la réaction de l'héritière des McDarmeth face à cette menace troublant le calme de son empire.
Je m'en tâchais le débardeur tant je riais. Ma réaction ? Croyait-il vraiment que j'allais être estomaquée de cette nouvelle.
_ Ma réaction sera simple Angie : Rien à foutre.
Je fis disparaître l'obus le plus vite possible, encore amusée de son audace. Je le soulignais encore une fois. Que les Sinetty emménagent, c'était leur problème, personnellement, j'en étais ravie car Hélène serait bien trop occupée par la réputation de sa dynastie pour se soucier de moi. Alors ma réaction face à un répit serait la jubilation mais même cela ferait penser aux Sinetty être indispensable. Donc : Rien à foutre.

# Posted on Thursday, 03 September 2009 at 7:17 PM